La romancière Géraldine Maillet fantasme sur les vedettes de l'étrange lucarne et, sous sa plume, l'exagération de leurs défauts traduit une vision féroce des coulisses des studios. Femme de télé, Annie Lemoine lui reproche de forcer le trait et de se borner à la caricature d'un univers auquel l'écrivain désespère d'accéder à son tour. Émulsion cathodique à l'Ernest Bar du Lutetia.
P.W. Dans Prime Time, on retrouve les stars du petit écran dans ce qu'elles ont de pire.
Vous les détestez tant?
Géraldine Maillet. Je suis écrivain, j'imagine et je transforme la réalité.
Ardisson, Arthur et Castaldi entrent chez moi tous les jours à travers
le petit écran, leur côté icône me fascine.
Annie Lemoine. Vous regrettez de ne pas faire partie du PAF, alors, publier un livre sur la télé, c'est votre façon à vous d'accéder aux médias, puisqu'ils vous invitent pour en parler!
G.M. Il n'y a pas assez de livres sur la télé, il est temps que
de vrais écrivains s'en emparent, ce serait la revanche de l'écrit sur l'image.
A.L. Vous faites erreur, la rentrée littéraire est inondée d'ouvrages sur la télé.P. W. Pour vous, tous les animateurs sont des allumés?
G.M. J'ai de la tendresse pour ces illusionnistes : toujours très soignés,
bien coiffés, même goût des paillettes.
A.L. Ça ne se sent pas que vous les aimez, vous les faites passer, Castaldi en tête, pour des idiots poudrés, obsédés par leur apparence.
G.M. Je dis de Castaldi qu'il est tétanisé par la peur de ne plus être au top.
J'écris de lui : "Singe savant, il s'applique, se corrige, se muscle, s'hydrate,
gomme ses points noirs." On sent la peur du lendemain. Vous-même étiez au
top sur Canal, mais, après, le doute et l'angoisse vous ont envahie.
A.L. Je n'ai jamais voulu être une star de la télé, mon moteur n'est pas d'être reconnue, sinon j'aurais fait du cinéma !
G.M. Vous n'avez pas l'obsession d'être reconnue, mais le fait d'être chez
Ruquier à la télé, à la radio et sur scène prouve que vous avez un ego en
perpétuelle recherche.
A.L. Mon ego n'est pas assez fort. Je suis trop tendre et peu sûre de moi.P.W. Parlons-en, de ces animateurs!
G.M. Ardisson, c'est JR dans Dallas, derrière le fond de teint se cachent
la tristesse et l'ennui. Drucker, c'est une pièce de musée, il appartient
au patrimoine français.
A.L. Ces gens ne sont pas tous des profiteurs superficiels et cruels qui feraient tout pour avoir un portable gratuit ! Vous êtes plus dans la caricature que dans la satire.P. W. Votre imagination ne va-t-elle pas trop loin?
G.M. Je ne juge pas la télé avec condescendance, mais je la regarde,
j'en montre les dangers.
A.L. Ce qui me frappe, c'est que certains marchands de programmes parlent avec mépris de ceux qui les consomment, mais la télé n'est pas un bien comme un autre, on y véhicule des idées !
G.M. Dans la télé réalité, ce qu'il y a de consternant, c'est qu'on apprend
aux jeunes filles à être des putes et aux hommes à se muscler et à aimer l'argent.
A.L. Rassurez-vous, l'audience de la télé réalité est en baisse, la fièvre retombe.
G.M. Il n'y a jamais eu autant de programmes de télé réalité.P.W. Qui trouve grâce à vos yeux?
G.M. Stéphane Bern, ma grand-mère l'adore.
A.L. Une copine l'a vu en maillot de bain, il paraît qu'il est très bien, cet homme-là !
G.M. Arthur joue les potaches, mais il est plus intelligent qu'il n'y paraît.
A.L. En tout cas il a une très jolie femme !
G.M. PPDA, c'est le plus élégant, il me remercie chaque fois que
je lui envoie mes livres.
A.L. Il est insubmersible.
G.M. Pujadas a l'élocution trop saccadée.
A.L. Pas très sexy. On demande aux femmes d'être jolies et, pour les hommes, on s'en fout, parce que ce sont les hommes qui les choisissent.
G.M. Delarue, il a l'air trop gentil pour être honnête.
A.L. Infréquentable.
G.M. Ruquier, je me demande vraiment à quelles vitamines il carbure.
A.L. Il carbure au plaisir et à l'amour.
P.W. Vous vous appréciez?
G.M. Annie pondère l'hystérie des pensionnaires de Ruquier, et j'aime
bien sa nouvelle coupe de cheveux.
A. L. Géraldine sait faire son service après-vente, j'ai des leçons à prendre.Paul WERMUS